• Chapitre 1 : Première approche (Sylta)

    Sylta se leva de bon matin, surexcitée. Aujourd'hui était un grand jour pour elle car elle allait enfin rencontrer son mentor ! 

    Elle grignota rapidement de quoi tenir jusqu'à midi et retourna dans sa chambre où elle enfila la tenue que sa mère lui avait tricoter pour ce grand jour : une combinaison noire à manche courte avec un "foulard" marron passant derrière la nuque, croisant sur le devant pour finir attaché sous la ceinture. Ce foulard avait exprès quelques poches intérieur. 

    Elle enfila ensuite un bracelet d'avant bars, des bottes marrons et le tour était joué. Un coup de brosse sur la queue et la tête pour remettre les poils en ordre et la voilà partie. Elle fila dans les rues pour se rendre au point de rendez-vous.

    Sylta arriva surexcité et s'approcha du lac. Son lieu de rendez-vous pour sa toute première journée d'apprentie ! 

    En regardant autour d'elle à la recherche d'une silhouette, elle réajusta sa ceinture. Ne regardant pas où elle marchait, elle trébucha contre une petite pierre mais se rattrapa à 4 pattes avec habitude et se releva rapidement. En effet, la perte d’équilibre pouvait s'avérer courant chez elle mais à force, on apprend à tomber et se relever.

    Soudain, une flèche se planta dans l'arbre à côté d'elle. Une longue flèche empennée de gris, qui vibra quelques instant dans le bois avant de s'immobiliser, profondément plantée dans l'écorce.

    Sylta sursauta et sa baissa en observant la flèche profondément plantée. Wa ! Elle aurait traversé mon crane ! s'affola t-elle en se relevant et fixant approximativement la source du tire en reculant vers cette flèche, comme pour espérer également se cacher dans le bois tout en allant la voir. Si ça se trouve, c'était un coup de son mentor ! Alors son but n'était pas de la viser, ou bien elle était tombée sur un fou furieux qui tuait tout ce qui bougeait. Dans tous les cas, sa confiance avait baissé et elle était maintenant sur la défensive et la plus grande écoute.

    Tout était à nouveau vide, comme avant que la flèche ne fuse. Seul le clapotis de l'eau, le chant des oiseaux et le vent dans les feuilles troublaient le silence du lieu.

    Soudain, un bruissement dans les arbres, à une dizaine de mètres de l'emplacement de Sylta. Le son était assez discret au milieu des bruits naturels, mais le vent seul ne pouvait pas en être responsable. Pourtant, il était bien loin de la direction d'où provenait la flèche, beaucoup plus sur la droite de l'hermine.

    Alors qu'elle fixait toujours le point de départ, son oreille se dressa au fin bruit tellement elle était sur la défensive. Sa tête se tourna donc vers la nouvelle source du bruit, tête vers les arbres à la recherche d'une silhouette. Automatiquement, elle recula en dehors des arbres pour éviter de se faire sauter dessus. "ça doit être la même personne.. Mais il va super vite alors ? J'aurais le temps de le voir ? Et s'il tirait encore une flèche ?" se demanda t-elle. Alors que la peur lui tordait le ventre, elle se baissa pour ramasser un pauvre bous de bâton et continuer à reculer vers le lac. "Non... S'il retire une flèche, je ne pourrais pas me protéger avec un baton.." Mais que pouvait-elle prendre ? Les yeux toujours rivés sur la forêt et les oreilles tendues, elle se souvint qu'elle avait du flaire ! Dit donc, c'était pas dur pourtant ! Alors elle envoya ses moustaches en avant à la recherche d'une odeur mais rien... Il y avait tellement de senteur ici, entre les passages d'animaux, les bonnes fleurs et simplement la bonne odeur de la forêt, elle ne parvint à déceler rien d'autres...

    Le bruit recommença, plus insistant. Il approchait. Presque à l'orée des arbres cette fois.

    Se sentir observé et même à demis traqué l'énervait au plus haut point, alors, elle fronça les sourcils et se redressa :

    "Qui est la ? Montrez-vous !" ordonna t-elle le plus durement possible bien que sa voie se fit également tremblante... Mais elle ne se démonta pas et tenait fermement son bout de bois. Alors, un sifflement retentit dans son dos. La source du bruit sortit des taillis auxquels elle faisait face : un poney gris au long poil, un peu trapu et à la crinière hirsute.

    La petite Hermine tourna d'un bon avant de se retourner vers le poney. 

    "Un poney ?" s'étonna t-elle mais, impossible, quelqu'un avait tiré une flèche. Surement la même personne au sifflement. Mais comment faire, le poney était d'un côté et le propriétaire de l'autre. elle se mit donc de profil au deux afin de pouvoir avoir le tout dans son champ de vision.

    Une silhouette bougea sur le côté. Le côté d'où provenait le sifflement.

    Tant qu'elle était resté immobile, elle était restée fondue dans le décor, mais maintenant elle s'avançait vers Sylta, totalement à découvert. Elle portait une cape brune et vert à capuchon, sous lequel seul était visible le bout du museau de loutre de son propriétaire.

    Rejetant la capuche en arrière, le personnage (presque aussi petit qu'elle) révéla un tête de loutre au poil grisonnant, au regard sévère et... légèrement amusé.

    "Bonjour Sylta. Je présume que tu sais qui je suis."

    Au début, Sylta avait fait quelques pas en arrière jusqu'à ce que l'étrange personnage ne se découvre. 

    Habillé de la fidèle cape, aussi secret, discret, rapide. Ca ne pouvait être que lui... Mais la méfiance était toujours présente, disons que l'approche n'avait pas été des plus rassurantes. 

    Elle sourit donc, comme pour lui faire comprendre qu'elle avait deviné, du moins sa petite idée. 

    "Qui êtes vous ? demanda t-elle quand même.

    - Ton mentor pour les années à venir. Du moins si tu cesses de me vouvoyer, car je ne voudrai pas d'une apprentie qui me prenne pour un seigneur."

    Le poney était arrivé à leur niveau et renifla Sylta avec curiosité.

    Elle fit les yeux ronds. Voilà qu'on ne voulait pas être vouvoyer. C'était un choix... 

    "Heu...ou, oui." 

    Elle retrouva le sourire quand le poney vint la renifler et lui grattouilla le chanfrein du bous du doigts pour ne pas le brusquer. Puis, elle posa de nouveau ses petits yeux curieux sur son mentor. Ce dernier fit un signe de tête en direction du poney.

    " Et lui, c'est Cendre. J'espère que tu n'as rien contre les poneys, car tu va devoir supporter son sale caractère pendant toutes tes années d'apprentissage."

    Comme si il avait pu comprendre, le petit équidé s'ébroua et le fixa de ses petits yeux sombres. Il n'avait à aucun moment cherché à s'enfuir.

    "Il n'a pas l'aire têtue avec vous...toi. Mais je suis prête à tout endurer pour devenir excellente, Promit-elle.

    - On verra cela..."

    Il s'avança vers l'arbre le plus proche et arracha la flèche. Il l'étudia un instant puis la replaça dans le carquois qui pendait dans son dos.

    " Tes réflexes ne sont pas mauvais... Pour une hermine sans entraînent. Mais tu peux me dire ce que tu comptais faire avec ce bâton ?"

    Ses yeux se baissèrent vers le bâton laissé tomber à ses pieds. 

    «Et bien... » elle était coincé, évidemment qu'elle n'aurait pas été loin avec ce pauvre bout. «Rien... mais.... mais des fois j'étais bien contente d'avoir un bous de bois pour frapper...mais là, je sais pas.» 

    Elle faisait allusion à la fois où elle avait défendu son ami. Mais c'était évident que la, ça ne lui aurait servit à rien, juste à lui donner une contenance.  

    Le rôdeur dû remarquer le malaise de la jeune hermine.

    "Bon, soit. Viens avec moi, et tu ne devrais plus avoir besoin de bâton."

    Il attrapa Cendre par la bride, se tourna vers la forêt et fit signe à Sylta de suivre.

    Un peu plus confiante, elle le suivit en laissant son vulgaire bâton par terre. Toute contente, elle marcha assez rapidement pour venir à peu près à sa hauteur au cas où il lui expliquerait encore quelques trucs. 

    Le temps de silence, elle se demandait où il l'emmenait, pourquoi. 

    Tout le long du chemin menant à la forêt, il ne prononça pas un mot. Il jetait quelque regards de temps en temps à sa nouvelle élèves, mais pas non plus le moindre geste à son égard : juste marcher le long de la route. Jusqu'à ce qu'il emprunte un sentier coupant à travers bois en faisant signe à Sylta de le suivre.

    La jeune hermine suivait toujours en observant tout ce qu'elle pouvait voir, comme si la forêt était maintenant transformé et qu'elle la voyait d'un œil nouveau. Quand son mentor prit le petit sentier, elle s'étonna de n'avoir toujours aucune information ou ne serais qu'un mot mais suivit sagement bien qu'elle se faisait de plus en plus méfiante. Ses parents lui avaient toujours répété de ne jamais parler aux inconnus et voilà qu'elle en suivait un à travers les bois... Mais elle avait confiance en lui : c'était son mentor, c'était sûr ! 

     

    Sylta suivait toujours son nouveau maitre en attendant patiemment qu'il brise le silence très déconcertant. Elle s'attendait à plus bavard à vrai dire... Mais si c'était ainsi. 

     Ils avaient déjà bien avancé dans la forêt lorsqu'il se décida enfin à parler : le chemin qu'ils avaient emprunté s'était réduit à un petit sentier en sous-bois, et Baldr était désormais loin derrière eux.

    "Ainsi, tu souhaites devenir rôdeur. C'est tout à ton honneur. Que sais-tu de notre Ordre ?"

    Il savait que la question n'était pas anodine : les informations sur la guilde à la portée de tous étaient maigres, et c'était l'effet escompté.

    Elle sursauta lorsqu'il ouvra enfin la bouche pour lui parler. Elle réfléchi donc un cour moment, juste le temps d'ouvrir tous les tiroirs de son cerveau sur ce sujet puis répondit finalement :

    «Oh, je très peu de chose. Déjà que la guilde existe. Que vous êtes des combattants que personne ne voit...et que vous faites le bien. C'est tout.  hasarda t-elle en cherchant le plus loin possible dans ses souvenirs.

    - Et notre rôle ? A ton avis, pourquoi le roi a-t-il besoin de nous ?"

    Il comptait déjà savoir si la jeune hermine faisait partit des superstitieux persuadé que la sorcellerie existait et que les rôdeurs la pratiquait. Bien que, rien que par son enthousiasme à venir au rendez-vous, elle n'avait pas l'air d'être trop asservie par ce genre d'idées.

    «Faire le bien. Parce que...parce que...» elle réfléchi, cette fois non pas dans ses souvenirs mais dans sa logique «parce que vous faites parti des meilleurs combattants d'ici...?» son ton sur l'interrogation lui montrait qu'elle essayait de deviner. 

     «Faire le bien. Parce que...parce que...» elle réfléchi, cette fois non pas dans ses souvenirs mais dans sa logique «parce que vous faites parti des meilleurs combattants d'ici...?» son ton sur l'interrogation lui montrait qu'elle essayait de deviner. 

    " Meilleurs combattant ? Peut-être pas... Nos armes sont simplement différentes. D'ailleurs, nous voici arrivés..."

    Comme il prononçait ces mots, ils débouchèrent sur une clairière en forêt à côté de laquelle coulait un petit ruisseau. Le poney poussa un petit hennissement et trottina vers la maison, avant de s'arrêter juste devant la porte pour brouter l'herbe fraiche.

    Sylta regarda la petite maisonnette émerveillée. Elle avait faux ? S'était encore mieux ! Elle découvrira tout depuis le début. L'excitation de la découverte revint comme un éclair en elle.  A nouveau, le rôdeur lui fit signe de le suivre et rejoignit le poney près de l'entrée.

     

    Sylta suivait toujours Hadrian quand ils arrivèrent dans la petite maisonnette. Le petit poney prit de l'avance pour brouter à l'entrée tel un habitué, ce qui rassura inconsciemment la petite hermine. 

    Cette maison était tout simplement magnifique ! Et fonctionnelle. Le petit ruisseau offrait de l'eau courante et potable, tout en rajoutant une touche de féerie dans la petite clairière aux herbes plutôt hautes, juste bien. Un ou deux jeunes arbres presque collés sur la gauche intégrait encore mieux l'abris à ce si beau cadre. Sans parler des rayons du soleil qui filtraient à travers le feuillage des arbres la rendant si resplendissante. Seule sa façade un peu salie et pas très entretenue pouvait la rendre douteuse. Mais pas abandonnée car le toit restait en très bon état. En tout cas, c'était magnifique et calme, le poney broutant amenait encore un peu de tranquillité.

    Le rôdeur dû remarquer l'émerveillement de Sylta, car il eut un petit sourire, le premier depuis qu'il l'avait accueillit.

    "Si ton apprentissage se déroule comme prévu, c'est ici que tu vivras les prochaines années."

    Il prit à nouveau le poney par la bride et l'entraîna jusqu'au coin de la maison. Là, il ouvrit une barrière pour le laisser entrer dans un petit enclos, et prit garde de lui retirer tout son matériel avant de refermer la porte de bois.

    "Viens, entrons. Je vais commencer par te parler un peu plus en détails de notre fameuse guilde."

    Elle le suivit derrière la maison et le regarda s'occuper de son poney en remarquant le petit tas de bois. Sûrement en réserve pour l'hiver, ce qui expliquerait qu'il soit si pauvre en début de printemps. Puis elle le suivit avec une petite hésitation à l'intérieur. 

    Elle se maudit de rester dans le silence alors qu'il lui parlait enfin mais aucun mot ne sortait. 

     Il s'arrêta juste au seuil de la porte pour sortir une petite clé de fer d'une poche de son haut et la glissa dans la serrure. Quelques cliquetis plus tard, la chaumière s'ouvrait et la loutre se glissa à l'intérieur. Sylta le suivit avec une petite hésitation avant de vraiment rentrer et laisser son regard parcourir la petite pièce. 

    Un peu déçue de l'apparence intérieur par rapport à l'extérieur, elle essaya de trouve un certain charme, comme celui du bois. Elle était une fois de plus fonctionnelle, le lit dans la pièce à vivre, une sorte de petite cuisine et une table. Ou dormira t-elle si elle devait vivre ici ? Elle remarqua une petite mezzanine au dessus et sourit avant de se concentrer sur son mentor. 

     Celui-ci attisait les braises pour faire repartir le feu et plaça au-dessus un récipient de fer remplit d'eau.

    "Assied-toi", invita-t-il Sylta en désignant une chaise du regard, juste à côté d'une table en bois. "J'espère que tu n'as rien contre les infusions."

    La nouvelle apprentie hocha la tête et s'assit en doucement en le regardant. Elle vit qu'il essayait de la mettre à l'aise et en sourit. 

    «Pas du tout.» réussi t-elle à articule d'une voie posée et sûre, pas tremblante comme vers le lac. 

    Cette cheminée, elle apportait un bien-être en plus et donnait un petit cachet chaleureux à la pièce pour faire oublié le peu d'âme de l'intérieur de cette maison. Elle en mettait d'ailleurs bien plus, et Sylta commençait à bien l'apprécier.

    Tandis que l'eau chauffait doucement au dessus du feu, le rôdeur tira une chaise à lui et se tourna vers sa nouvelle apprentie.

    "Commençons par le commencement. La guilde des rôdeurs existe depuis un peu plus d'un siècle, et depuis le début son rôle principal est de servir le roi et sa famille. Le comte de la région que nous devons servir est bien entendu le premier intermédiaire direct dans la vie de tout les jours, mais si jamais il en venait à se révolter contre son roi légitime, le devoir d'un rôdeur est de servir la couronne avant tout. Faire autrement serait considéré comme un traitrise."

    Il parlait d'un ton neutre et posé, sans la quitter des yeux. Le prélude à son apprentissage n'était pas le plus agréable, mais c'était une étape incontournable et exigée par le roi lui-même. Sylta avait dressé les oreilles vers lui, très attentive pour tout enregistrer. Elle se maudit de ne pas savoir écrire pour tout noter afin de pouvoir le relire Après être sûr de tout avoir. Et puis de toute façon, elle n'aurait pas osé le couper. Peut-être qu'il le répètera plus d'une fois. À la fin, elle essayera de lui demander s'il savait lire et écrire pour le lui noter et lui apprendre à lire aussi... 

    Voyant que son élève était attentive, il poursuivit :

    "Heureusement, nous avons rarement affaire à ce genre de cas. La plupart du temps, on nous demande surtout de nous occuper de tel ou tel groupe de bandits trop malins pour se laisser prendre par les soldats du comte, ou encore d'escorter un ambassadeur pour une mission délicate... Mais notre crédo reste la discrétion avant tout : la crainte que nous inspirons aux autres représente une arme autant que nos arcs et nos poignards."

    Elle n'osait plus le couper et commentait silencieusement. «Wow» «ok» «ça doit être palpitant !» sont les mots qui revenaient le plus. Quand il marquait une pause, elle récapitulait rapidement dans sa tête. «Alors, on serre directement le comte de la région mais par dessus tout le roi. On escorte, ou nous occupons des bandit d'ici quand les autres n'y arrivent pas. On est des bonus alors ! Des plans B, vu comme les meilleurs ! Attends... mais alors pourquoi leur réputation n'est pas si bonne que ça ? Je sais qu'on les crains et comme il le dit, qu'ils sont tellement discret qu'ils surgissent de nul par, mais pourquoi sont-ils mal vu ?» la question lui démangeait les lèvres mais attendit toujours, peut-être que la réponse viendra après...

    "Voilà, conclu-t-il, tu sais à peu près de quoi il retourne. Mais, comme je dis toujours : rien de mieux qu'un exemple. Tu saisiras bien vite en t'intégrant au quotidien de la vie d'un rôdeur. Ou plutôt d'une apprentie rôdeur dans ton cas."

    La petite fronça les sourcils dans un mouvement de recule. "C'est tout ?" S'étonna t'elle en silence mais la suite l'attendrit. Ce n'était pas faux.

    Il se leva et s'approcha du feu.

    "L'eau est chaude... De la sauge, cela t'ira ?

    - Tout me vas..." répondit-elle sans savoir ce que c'était que cette saveur mais elle se savait pas très compliquée. 

    Il décrocha quelques feuilles séchées parmi celles pendant au-dessus de la cheminée et les laissa tomber dans l'eau chaude. Il s'éloigna de quelques pas et se hissa sur la pointe des pattes pour attraper deux bols qu'il posa sur la table l'un à côté de l'autre.

    " Le temps que les herbes infusent et ce sera bon."

    Elle le regarda faire, attendant sagement et admirative quoi qu'il fasse. Puis, une question lui vint et elle ne réfléchi pas avant de la pauser :

    "Vous.. Tu es le seul rôdeur à vivre ici ?" 

    Hadrian restait debout à côté du feu, mais avec la tête tournée vers la jeune hermine.

    " Ici ? Oui, oui, bien sûr... Ho, j'ai oublié l'essentiel, c'est ça ? Il n'y a qu'un seul rôdeur par comté en position fixe, avec éventuellement un apprenti. C'est pourquoi nous devons apprendre à vivre avec la solitude, quelque chose de très important si tu veux devenir rôdeur à ton tour."

    La solitude ?! s'étrangla mentalement la jeune hermine en retenant la belle grimace de dégout avec la langue sortie. Mais bon, s'il fallait... Oh non ! elle qui était si sociable, va t-elle devenir une vieille bique qui cri avec sa voie enroué à chaque bruit ? Non... Non. Ce n'est rien, et pour le moment, elle a son mentor. 

    "Et la famille ? On ne peut plus leur donner de nouvelle ?" voulu t-elle demander quand même, car la famille est une chose essentiel pour elle.  

    Le rôdeur dû bien remarquer la grimace de Sylta, mais il ne releva pas.

    "Oui, tu pourra encore aller voir ta famille, même un rôdeur a droit à quelques jours de congé par an. Mais il faudra respecter le secret professionnel, même si tu fais confiance à tes proches.

    - Promis." fit-elle alors en retrouvant le sourire.

    " L'eau doit être suffisamment infusée maintenant, déclara-t-il en versant précautionneusement le liquide bouillant dans les bols."

    Il n'ajouta rien de plus. Hadrian était plus doué pour se fondre dans le décor que pour parler.

    Sylta attendit qu'il finisse de verser et prit  délicatement un bol en faisant attention de ne pas se bruler. Elle resta un instant à se réchauffer les mains de chaque côté du bol 

    «Merci beaucoup.» 

    Puis elle en prit une petite gorgée, qu'elle sentit descendre et sourit. C'était bon. Il s'assit à nouveau, juste en face d'elle.

    "Rien de tel qu'une infusion bien chaude quand vient la saison des neiges."

    Bref silence.

    "Et même à la saison du dégel aussi d'ailleurs. Rien de tel qu'une bonne infusion tout court."

    Elle sourit en le regardant. Bon, cette fois, c'était pas dur à comprendre : son mentor aimait les infusions. 

    Un autre question lui vint, qui ne lui servira peut-être pas beaucoup, mais autant savoir :

    «Pourquoi cette guilde a été créé ? Comment y ont-ils pensé ?»

    Il prit le temps d'avaler quelques gorgées avec précaution, puis se lança à nouveau dans ses explications :

    "Au début, la guilde n'avait rien à voir avec ce qu'elle est aujourd'hui. Crée dans une période d'incertitude politique, où la famille Windingice cherchait à s'imposer comme souveraine... elle servait au début comme réseau d'espionnage au sein des familles importantes du royaume. Elle ne fut rendue légitime qu'une cinquantaine d'années plus tard, lors du règne de Gahalad II, aussi appelé le Puissant car c'est lui qui affermit le pouvoir de la famille Windingice dans tout Naerthena... A l'époque, les reptiliens ne nous avaient pas encore volé une partie du territoire. D'ailleurs... Heum, bref, je m'égare. Où en étais-je ? Ah, oui, Gahalad le Puissant... très important dans l'histoire de notre guilde... Il n'eut rapidement plus besoin d'espion dans tout les comté, alors il la rendit officielle aux yeux de tous, et d'espions nous étions passés à simple vigiles : vérifier que les nobles restaient bien à leur place."

    Il se permit quelques secondes de pause supplémentaire pour boire une petite gorgée de liquide chaud.

    "Au fil des années, notre rôle s'est modifié : le royaume était bien unifier, le roi ne craignait plus vraiment de révolte, et les rôdeurs ne servaient plus à rien... Mais tout ces mustins aux capacités d'espionnage éparpillés dans le royaume allaient encore servir. En un siècle, cette guilde si secrète élabora de nombreuses techniques qui lui sont propres et qui attirent toujours l'étonnement des autres. En plus, avec l'appui du roi, nous avons encore aujourd'hui droit à du matériel d'excellente qualité qui nous aide beaucoup dans notre travail."

    Il regarda la petite hermine pour voir sa réaction.

    Sylta écouta attentivement et remis le tout dans l'ordre. Son air très absent informait qu'elle réfléchissait, intégrait, répétait mais c'était si difficile... surtout quand on avait pas l'habitude. Elle fini par un «d'accord»  simple et toujours absent. 

    Il hocha la têt à son tour, satisfait de voir son élève si attentive.

    "C'est tout ce que tu as besoin de savoir pour le moment sur l'histoire de notre guilde. Demains commencera l'entraînement physique, car tu dois te douter que tu as bien des choses a apprendre avant d'accéder au rang de rôdeur à part entière.

    - Oui je m'en doute.» 

    Maintenant, elle espérait voir sa chambre, se familiariser avec son nouveau lit. 

    Il n'ajouta rien derrière ces mots. Après de longs instants de silence, il demanda finalement :

    " As-tu terminé de boire ?"

    Elle finissait justement sa dernière gorgée, la tête cachée derrière le bol, elle le posa au final sur la table :

    "À l'instant !" 

    Il se leva et lui fit signe de le suivre.

    " Ta chambre est juste à côté, dans une pièce à l'arrière. De ta fenêtre, tu pourras voir Cendre dans son pré."

    Toute contente, elle le suivit. En ouvrant la porte, elle découvrit sa petite pièce à elle. Sous l'indication de son mentor, elle s'en alla voir sa vu par la fenêtre. Tout sourire.

    Hadrian était resté à la porte de la chambre, silencieux. Il s'esquiva sans un mot, la laissant s'installer dans un premier temps pour ce qui devrait devenir son "chez-elle" pour les prochaines années à venir.

    Sylta s'approcha alors du lit et s'assit dessus, un peu mal à l'aise, mais c'était aussi pour voir s'il était mou ou pas. La jeune hermine adorait tout ce qui était moelleux ! 

    Bon... Elle se décrocha enfin de son sac à dos pour regarder à l’intérieur. C'est bien les seules affaires qu'elle avait emmener, comptant sur son mentor pour lui fournir la bonne tenue qu'elle aura besoin en tant qu'apprentie. Puis elle ressortie, un petit sourire aux lèvres

    Le rôdeur était occupé à découper des panais sur la table en bois. Il leva la tête vers elle et lui lança :

    "Cette chaumière est dans un état lamentable... Tu devrais trouver un balais juste à côté de la porte d'entrée."

    Elle le fixa avant de poser le regard sur le balais en question. Surprise ou frustrée, en tout cas, elle comprit qu'elle devait passer un coup de balais sur le sol. 

    En s'y approchant, elle pestait mentalement. Dans ses rêves, son mentor allait immédiatement lui faire gouter à l'entrainement, une partie en tout cas, pas qu'il allait lui faire comprendre qu'elle devra l'aider à entretenir la maison. Ce qu'elle n'avais jamais douté, c'était une évidence qu'elle allait autant aider ici que chez elle, enfin, ses parents mais elle s’imaginait une journée bien plus palpitante. 

    Mais sans un mot de mécontentement, elle prit le balais par le manche et commença gauchement à balayer le sol. 

    Tout en continuant à préparer son ragoût de panais, Hadrian observa discrètement la réaction de Sylta. Enfin, discrètement... il ne s'en cachait pas, mais n'insistait pas non plus. Il laissa tomber les tranches de tubercule dans une petite marmite qu'il avait laissé à bouillir sur le feu, et s'attaqua à un navet.

    La petite continuait à balayer pour avoir un petit tas au pied de son balais, qu'elle laissa dans un coin une fois assez gros puis reprit. Elle le faisait moins gauchement maintenant, ne voyant aucune remarque arrivé, ces coups devinrent plus habitués.

    Le rôdeur la laissa balayer durant de longues minutes. Tout le temps qui lui fallut pour terminer le repas. Lorsque la petite hermine eut fini et bien fini tout la pièce à vivre, il déclara calmement :

    " Reposes donc ton balais et viens à table. Le ragoût doit être prêt, tu m'en diras des nouvelles."

    Elle sourit et reposa son balais au même endroit. Puis, elle le rejoignit à table, étonnée que ce soit lui qui cuisine. Surtout pour faire un ragoût ! Jamais son père n'avait aidé sa mère à faire à manger, prétextant que c'était son boulot, alors, Sylta s'était attendu à manger 3 carottes froides pour le dîner. Mais non, Hadrian paraissait aimer tout autant manger de bons plats consistants. 

    Tandis qu'elle s'asseyait, il sortit le petit chaudron du feu et le déposa sur la table en bois. Des écuelles avait préalablement été installées, et il les remplit à coup de louche du fameux ragoût.

    "je ne suis pas une grande mangeuse." Informa Sylta en le voyant la servir pour ne pas qu'il lui en donne trop par rapport à sa faim. 

    Elle regarda le ragoût qu'elle devrait manger alors que son ventre ne criait pas famine, mais ce n'était pas le moment de faire la difficile. Elle ne l'avait jamais trop fait d'ailleurs et mangeait ce qu'on lui donnait, du moment qu'il n'y en avait pas trop dans l'assiette. 

    "Merci." Dit-elle ensuite sans oser le regarder. 

    Enfaite, elle n'avait toujours pas osé le regarder pour de vrai, dans les yeux. 

    Hadrian s'assit en face d'elle. Dehors, le soleil atteignait son zénith, indiquant l'heure du midi.

    Peu habitué à converser, ni même à partager ses repas, le rôdeur mangeait en silence. Pas un silence morose, ni boudeur, ni même attentif... Simplement un silence sans paroles. Comme son nouveau "locataire" (sauf que la, c'est elle qui est la nouvelle) ne pipait mot, Sylta faisait de même et mangeait rapidement son repas, pressée, toujours aussi pressée, de passer à la suite. 

    Le rôdeur, lui, prenait son temps. Il s'amusait visiblement de l'impatience dont faisait preuve sa jeune élève.

    Lorsqu'il eut bien fini son assiette, il se leva finalement.

    "Je te sens pleine d'entrain. Ça tombe bien : il y a maintenant deux écuelles et une marmite à porter à la rivière. On ne va tout de même pas remanger ce soir dans le ragoût de ce midi !"

    Elle le regarda, sans trop d'expression. "Il se moque de moi là." Pensa t-elle. Du moins, c'est ce qu'elle aurait répondu si elle aurait été poche de lui. Et puis, c'était évident. Elle se contenta donc de hocher la tête :

    "Oui bien sûr."

    Il prit donc le chaudron qui attendait sur le sol, posé à côté du feu.

    " Je te laisse prendre les assiettes, rejoins-moi à la rivière."

    Sur ce, il sortit sans attendre en laissant la porte ouverte.

    Elle le regarda partir avant de rassembler les assiettes et le rejoindre comme gentiment ordonné. 

    Elle s'accroupit à côté de lui et commença à frotter. "Je me demande s'il me fera voir un avant-goût de l'entraînement qui m'attend aujourd'hui." Songea t-elle presque à regret. 

    Mais tout n'arrive pas comme dans les rêves, il y a la réalité qui est souvent un peu plus fade... de toute façon, elle allait bien l'avoir un jour, aujourd'hui ou demain.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :